Qu’est qu’un CAARUD ? Quelles évolutions dans le cadre de la SCMR ?

Défenseurs et détracteurs de l’ouverture de salles de consommation de drogues se battent à coups d’exemples étrangers (ouvertures mais aussi fermetures de salles dans le monde), de bilans (positifs ou négatifs en fonction des personnes interrogées), d’avis de médecins (académies de médecine et de pharmacie français opposés), de policiers (augmentation de la délinquance liée au trafic de drogue) ou d’instances internationales … d’élus de gauche ou de droite …

Face à ces débats théoriques voire rhétoriques, les habitants du quartier de la gare du Nord qui cohabitent avec une population de SDF – poly-toxicomanes – alcooliques désocialisés y perdent leur latin ! Ils appellent les pouvoirs publics à trouver une solution pour prendre en charge ces personnes et assurer la salubrité et la tranquillité de l’espace public. Il nous faut donc informer nos lecteurs sur le dispositif CAARUD que met en œuvre Gaïa et les évolutions que ce dispositif devra subir pour devenir une « Salle de consommation à moindre risque ».

Car il s’agit bien d’une politique de « réduction des risques » liés à la toxicomanie, et non de soins ! Dans ce cadre, l’Etat a délégué à diverses associations la gestion du CAARUD (Centre d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogue) financés par l’assurance maladie. Un CAARUD s’adresse à des personnes qui ne sont pas obligatoirement engagées dans une démarche de soins ou à celles dont les modes de consommation ou les drogues consommées exposent à des risques majeurs (infections, notamment hépatite C, VIH, accidents, etc.). Une attention particulière est portée aux usagers les plus marginalisés. Les missions des CAARUD sont :

–         l’accueil, l’information et le conseil personnalisé des usagers de drogues

–         l’aide à l’accès aux soins (hygiène, soins de première nécessité, dépistage des infections transmissibles…)

–         le soutien dans l’accès aux droits, au logement et à l’insertion ou à la réinsertion professionnelle

–         la mise à disposition de matériel de prévention des infections (trousse d’injection, préservatifs, boîtes de récupération du matériel usager, jetons pour l’automate)

–         l’intervention de proximité en vue d’établir un contact avec les usagers

–         le développement d’actions de médiation sociale.

–         Seule est interdite la consommation de produit dans les locaux. 

Les intervenants sont principalement des assistants sociaux, infirmiers, éducateurs spécialisés et animateurs de prévention. D’autres professionnels tels que des psychologues et des médecins peuvent également être sollicités pour assurer des interventions ponctuelles afin de permettre aux usagers vulnérables de bénéficier de consultations spécialisées sur place[1].

Contrairement aux centres de soins pilotés par les centres hospitaliers, les CAARUD n’ont donc pas vocation à mettre en place des protocoles de lutte contre la toxicomanie.

Le désir de la mairie de Paris de confier à l’association Gaïa (responsable du CAARUD avenue Parmentier et d’antennes mobiles à Paris) la mission d’ouvrir une salle de consommation près de la gare du Nord (39bis, boulevard de La Chapelle Xème) a été bloqué par l’avis du Conseil d’Etat. Consulté par le ministre de la Santé, Marisol Touraine, le Conseil d’Etat a estimé en octobre 2013 qu’un tel lieu n’était pas conforme à la loi de 1970 sur les stupéfiants (prohibition de la consommation de drogue) et a recommandé « d’inscrire dans la loi le principe de ce dispositif pour plus de garantie juridique »[2].

Le ministre de la Santé doit donc présenter un projet de loi devant le premier conseil des ministres du mois d’octobre pour un vote au Parlement en 2015.

Pour des raisons économiques et politiques, le ministère de la santé s’orienterait vers la transformation des CAARUD en salles de consommation. Le CARRUD s’identifie aujourd’hui par les unités mobiles qui stationnent près des points de consommation.

Demain, ces unités mobiles deviendront des points fixes en dur, tel que le 39bis bd de la Chapelle 75010.

La conviction de VGNE reste donc entière : notre volonté est celle du soin ! Cette SMCR doit être un sas vers le soin et l’aide à la réinsertion, notamment pour les jeunes toxicomanes de la Gare du Nord. Ce que le projet actuel n’est pas …

[1] Source : Drogues info service

[2]Sources : Le Parisien, le Figaro, Valeurs Actuelles, Marianne, 20Minutes